02.04.23 – « Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. »
Avec François de Sales, laissons la Parole s’épanouir en nous.
Année A Dimanche des Rameaux Mt 26, 14-66
Notes d’un sermon d’août 1602 (VII 447)
Aristote raconte que les chèvres sauvages de Crête ont un instinct admirable ; car si elles sont transpercées d’une flèche, elles mangent du dictame[1], grâce auquel la flèche est expulsée de leur corps. Mais quel est le Chrétien qui n’ait été quelquefois blessé du dard de la Passion du Sauveur ? Quel est le cœur qui ne soit pas touché en considérant son Sauveur fouetté, tourmenté, garrotté, cloué, couronné d’épines, crucifié ?
La plupart des Chrétiens ressemblent aux chèvres sauvages ; car ayant été blessés et atteints en leur âme par la Passion du Sauveur, ils recourent aussitôt au dictame des consolations mondaines, par lequel les dards de l’amour divin sont rejetés et repoussés de leur mémoire.
Notre Seigneur souffrit infiniment en son âme et son corps ; mais néanmoins toutes ces douleurs, tous ces coups de fouet, d’épines, de lance ne pouvaient le faire mourir ; la mort n’avait pas assez de force pour se rendre victorieuse sur une telle vie. Comment mourut-il donc ?
L’amour est aussi fort que la mort. L’amour désirait que la mort entrât en notre Seigneur, afin que, par sa mort, il puisse se répandre en tous les hommes ; ce que la mort n’aurait pu faire, l’amour, le fit. Il est mort d’amour, le Sauveur de mon âme !
« Je quitte ma vie ; nul ne me la ravit, mais je l’ai quitté moi-même. »
L’amour qu’il nous portait lui ôta toute sa force et il se laissa volontairement mourir; et c’est pourquoi il n’est pas écrit que son esprit sortit de lui, mais qu’il le rendit. Il est mort d’amour. Son sacrifice de la croix fut une offrande, ce ne sont pas les Juifs qui le tuèrent ; ils n’auraient pas pu lui donner la mort par leurs actions, c’est son amour qui l’a permis.
« Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’était donné d’en-haut. »
Monastère de la Visitation Fribourg
[1] Plante médicinale
