27.02.22 – « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère ? »
Découvrir une vie de prière avec François de Sales.
Année C 8ème dimanche ordinaire Luc 6, 39-45
Notes d’un sermon du 6 juin 1593 (VII, 23)
Et cet endurcissement vient d’une certaine gentillesse que chacun a envers soi-même ; chacun se flatte, chacun rejette la cause de ses maux sur le péché d’autrui, et non sur les siens, comme l’on devrait ; et il me semble entendre les discours que l’on tient en Savoie, quand je vois jouer au change.
Qu’il me soit permis de me servir de cet exemple : Il se rencontre quelquefois une troupe de demoiselles vertueuses, qui après avoir longtemps parlé ensemble, se mettent à jouer au change des couleurs. Chacune prend sa couleur, et est obligée de la garder ; si au début du jeu, on dit que le vert change, celle qui a pris le vert, dira : ce n’est pas le vert qui change, c’est le gris ; celle qui a le gris : ce n’est pas le gris qui change, c’est le bleu … elles passent ainsi leur temps à rejeter l’une sur l’autre le change, au point qu’il faut s’arrêter et que la conversation est rompue.
Il me semble que nous nous entraînons tous au jeu du change : car si vous parlez au peuple, la noblesse aura le change, et si l’on parle à la noblesse, les ministres de justice auront le change, car ils se mêlent d’autrui ; si l’on parle aux justiciers, les soldats auront le change, car trop débordés ; si l’on parle aux soldats, les capitaines auront le change, car ils les conduisent et retiennent leurs payes. Parlez aux capitaines, les princes auront le change, car ils ont tort de vouloir faire la guerre sans argent ; et tous crient que tout le mal vient des autres …
Et que faut-il faire ? Il faut bannir le péché et faire la paix avec Dieu. Et quel péché faut-il chasser ? non pas le péché des autres, afin de ne pas jouer au change ; mais que chacun parle à sa conscience propre et non pas à celle des autres. 0 mon âme, n’est-ce pas toi qui es cause de ce mal, qui as fait tant de lâchetés que justement la colère de Dieu est tombée sur tout un peuple ?
Que chacun parle pour soi. Confessons nos fautes propres, et laissons les autres confesser les leurs ; que personne ne s’excuse d’être cause des malheurs de notre siècle : nous avons tous part à la souffrance et à la rupture, nous avons tous à changer nos mauvaises volontés en bonnes et à prendre courage… Si nous avions la charité entre nous, nous aurions le Saint Esprit …
Monastère de la Visitation Fribourg
