4.05.25 – « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? »


Avec François de Sales,  puiser à la Source de la Parole.
3ème dimanche de Pâques  Année C  Jean 21, 1-19
Lettre à Jeanne de Chantal  le 1er août 1612 (XV, 252)


Qu’il fût heureux, notre cher saint Pierre, car ce fut par amour que Notre Seigneur lui demanda plusieurs fois : Pierre, m’aimes-tu ? Non point qu’il en doutât, mais pour le grand plaisir qu’il prend à nous entendre souvent dire, et redire, et affirmer que nous l’aimons.

Ma chère fille, aimons-nous le doux Sauveur? Ah ! il sait bien que si nous ne l’aimons pas assez, au moins nous désirons l’aimer. Or si nous l’aimons, prenons soin de ses brebis et de ses agneaux : c’est là, la marque de l’amour fidèle.

Mais de quoi faut-il nourrir ces chères brebis?  De l’amour même, car, ou elles ne vivent pas, ou elles vivent d’amour : entre leur mort et l’amour, il n’y a point d’entre-deux. Il faut mourir ou aimer, car celui qui n’aime pas, dit saint Jean, demeure dans la mort.

Mais savez-vous une jolie pensée ? Notre Seigneur va dire à son cher saint Pierre : Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture et allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras ta main, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne veux pas. Les jeunes apprentis en l’amour de Dieu se ceignent eux-mêmes : ils prennent les mortifications que bon leur semble, ils choisissent leur pénitence, résignation et dévotion et font leur propre volonté au lieu de celle de Dieu ; mais les vieux maîtres se laissent lier et ceindre par autrui et se soumettent aux directives qu’on leur impose, et vont par les chemins qu’ils ne choisiraient pas s’ils suivaient leur inclination. Il est vrai qu’ils acceptent cette situation et se lais­sent gouverner volontairement contre leur volonté ; et rappelant le livre de Samuel : l’obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité vaut mieux que la graisse des béliers, ils disent qu’il vaut mieux obéir que faire des offrandes : et voilà comment ils glorifient Dieu, crucifiant non seulement leur chair avec ses caprices, mais aussi leur esprit.                              

Monastère de la Visitation de Fribourg