25.01.26 – « Aussitôt laissant leurs filets ils le suivirent »
Avec François de Sales, chercher la perle dans la Parole.
3ème dimanche ordinaire Année A Mt 4, 12-23
Sermon du 2 oct. 1622 (X 396)
Prenons garde que le ferme propos que nous avons de tout quitter ne soit vain et hypocrite. Car si celui qui fait édifier une tour est si imprudent qu’il ne considère point avant de la commencer s’il a des ressources suffisantes pour mener à bien son édifice, et que, par cette imprudence, il ne puisse faire réussir son projet, ne jugerez-vous pas qu’il est sot et mal avisé ? … Il en sera de même pour nous si nous ne prenons garde que le ferme propos que nous avons de renoncer à toutes choses soit assez solide et suffisant pour mener à bien notre projet, car nous avons un ennemi qui est grandement rusé, retors et puissant…
Mais quelqu’un me demandera : « Où est-il écrit qu’il faut renoncer à tout ? Ceux qui n’ont rien ou bien peu, à quoi peuvent-ils renoncer ? » A cela je réponds qu’il est juste que celui qui a peu quitte peu, et que celui qui a beaucoup quitte beaucoup.
Saint Pierre, qui était un simple pécheur, abandonna ses filets, ce qui était peu ; saint Matthieu, qui était riche banquier, laissa de grands moyens : toutefois, l’un et l’autre obéirent également au commandement, avec la même volonté.
Mais, ce qui est plus important, c’est qu’ils étaient également riches, car, à proprement parler, nous ne possédons pas les biens de ce monde : ceci est fort clair. Quand nous pensons posséder une grosse somme d’argent, les voleurs et les larrons peuvent s’en rendre les maîtres et propriétaires. Si nous espérons recueillir beaucoup de biens de la terre, il peut arriver un accident de grêle ou d’autres mauvais temps qui nous en ôteront la jouissance.
Bref, à la vérité, nous ne possédons qu’une bien petite partie de nous-mêmes : ainsi nous ne sommes pas maîtres de nos envies, puisque nous ne pouvons prétendre voir se réaliser les rêves et les imaginations qui nous viennent ; il faut en dire autant de notre mémoire, car combien de fois nous voudrions nous souvenir de certaines choses, et nous ne pouvons le faire, ou au contraire ne pas nous souvenir de beaucoup d’autres que nous ne pouvons oublier.
Enfin, envisagez tant qu’il vous plaira tout ce qui est en nous, vous ne trouverez qu’une petite partie dont nous sommes maîtres : c’est la volonté ; elle nous appartient tellement que Dieu même n’a pas voulu toucher à notre liberté, nous donnant de choisir, ou d’embrasser le mal, ou de suivre le bien, selon notre volonté.
Monastère de la Visitation Fribourg
